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Conceptionnellement juste et de belle facture

Rédigé par Daniel Steiger | 29 mars 2023 07:02:45

Depuis 110 ans, le casino est un point chaud social et culturel de la ville fédérale. En remplacement du vieux casino, qui devait laisser de la place au bâtiment du parlement, Les architectes Paul Lindt et Max Hofmann ont construit un fier bâtiment à côté du pont de Kirchenfeld dans le plus pur « style bernois », avec des façades en grès et des toits de tuiles majestueux.

En raison de la petite dimension du terrain, ils ont placé les espaces principaux – la grande salle de concert et le Burgerratssaal – au premier étage. Au rez-de-chaussée, ils ont placé les vestibules, les vestiaires et des restaurants et salles de réunion spacieux. L’établissement a été inauguré par la bourgeoisie en 1909.
 
 
 
 
 
 
Au fil des décennies, le bâtiment a été rénové plusieurs fois pour l’adapter au goût du jour et à des besoins différents. Au total près de 25 aménagements ont été inscrits dans les actes en cent ans. Les restructurations du rez-de-chaussée ont particulièrement malmené la maison, car les restaurants ont subi les plus gros changements. La structure originelle de l’espace y était largement détruite ou pratiquement inexistante. L’agencement et la perpétuelle extension de l’administration dans l’ancien logement de service de la partie Est ont été lourds de conséquences.
 
 
 
 
 
 
Pour la première fois de son histoire, la bourgeoisie a restauré entre 2017 et 2019 ce bâtiment si important pour elle et pour la ville de Berne. Le mandat a été confié à Campanile + Michetti Architekten sur la base d’un « concours de thèses » en 2013. Ils ont ensuite travaillé en collaboration étroite avec le service de protection des monuments. Pour le service de la conservation du patrimoine, sous la direction de Jean-Daniel Gross, la rénovation du casino était un des projets les plus gros et complexes de ces dernières années. Il démontre de manière exemplaire l’importance d’une collaboration étroite entre le Maître d’Ouvrage, l’architecte, la conservation des monuments et les entreprises. Pour rendre au casino sa structure spatiale originelle, une nouvelle répartition était nécessaire. C’est là que le nouvel ascenseur a joué un rôle central.

La libération
«L’idée de l’architecte de déplacer l’administration depuis la partie est du casino sous le toit de la partie ouest a apporté la libération», se souvient le conservateur Jean-Daniel Gross. Il a ainsi été possible de supprimer le long couloir connu sous le nom de ‹Klötzligang›, qui coupait en deux le rez-de-chaussée. Ceci a permis de rétablir les structures fonctionnelles et spatiales originelles au rez-de-chaussée du casino. «L’idée m’en est venue au Skyscraper Museum à New York», se souvient l’architecte Claudio Campanile. Il y a vu une comparaison entre des bureaux alignés et des bureaux empilés. La certitude qu’il avait jusque-là que l’administration du casino s’établirait à l’est s’en est trouvé ébranlée. Malgré que derrière les façades en grès, le grand toit et un grand mur de soutènement se cachent treize étages, personne ne qualifierait de «Skyscraper» le casino situé à l’orée de la vieille ville. Mais l’empilement de différentes utilisations, que l’architecte Campanile a étudié au musée à New-York, s’est révélé être essentiel pour le casino de Berne : Le ‹Klötzligang› s’est transformé en couloir vertical et est devenu un ascenseur, qui – pour la première fois en 110 d’Histoire de l’établissement, relie tous les espaces publiques sur tous les étages.
 
 
 
 
 
 
Le bon endroit pour l’ascenseur
La construction filigrane de l'ascenseur, faite de profilés en bronze et en verre, se dresse avec autant d'élégance que d'évidence au centre de l'escalier de la galerie du hall d'entrée ouest. Le rôle important qu'il joue se voit, mais il ne s'impose pas au premier abord. Est-ce à cela que ressemble l'ascenseur idéal dans un bâtiment historique ? Impossible de répondre à cette question de manière globale. "Un ascenseur est comme un pieu qui traverse la maison", constate Jean-Daniel Gross. Cela signifie qu'on ne l'installe pas là où se trouvent des pièces importantes. Dans la vieille ville, d’anciennes feuillées se prêtent souvent à l'installation d'un ascenseur : elles sont superposées verticalement et généralement situées près de la cage d'escalier. Cela permet en quelque sorte de «gommer» l'ascenseur. Une autre possibilité très répandue, consiste à utiliser un espace vertical existant, par exemple le centre d’un escalier, comme cela a déjà été fait pour le casino lors de précédentes transformations. Dans ce cas, la structure du bâtiment n'est pas touchée, à l'exception des interventions techniques nécessaires. L'impression d'espace en pâtit toutefois : l'ascenseur est un élément visible à un endroit architectonique clé.
 
 
 
 
 
 
 
Ce rôle spécial de l’ascenseur se justifie dans le cas du casino. Il va de soi de nos jours, de garantir l’accès aux personnes à mobilité réduite. La desserte caractéristique des espaces fait partie de l’importance sociale de l’établissement, de la gestion de concerts festifs et des congrès. Sur le plan vertical il s’agissait autrefois uniquement d’escaliers en saillie, mais aujourd’hui ascenseur attrayant en fait également partie. Pour le conservateur du patrimoine il y avait un autre point décisif : l’escalier ouest, au centre duquel trône un ascenseur depuis le sous-sol jusque sous les toits, a un pendant du côté est – sans ascenseur. L’effet originel y est toujours perceptible. Il ne s’agit pas seulement de faire quelque chose de «beau», mais de le concevoir correctement, souligne Jean-Daniel
 
Planificateurs et entreprise main dans la main
De concevoir et mettre en œuvre la bonne solution n’est possible que si tous les participants tirent à la même corde : l’architecte, le conservateur des monuments historique et l’entrepreneur. Pour l’ascenseur, cela se montre de manière exemplaire par exemple pour les matériaux. S’inspirant de la balustrade peinte en couleur bronze, les architectes ont planifié la construction métallique de l’ascenseur en bronze architectural. Les spécialistes de EMCH ont saisi la balle au bond et ont développé leur propre proposition – avec des profilés encore plus filigranes que ceux prévus par les architectes. Pour pouvoir réaliser ces plans dans la qualité requise, les travaux doivent être mis au concours. Ainsi, il ne suffit pas de faire une simple soumission pour les ascenseurs, il faut lancer un appel d’offres séparé : un pour les monte-charges, que tous les ascensoristes peuvent livrer et un pour l’ascenseur vitré sur mesure de EMCH. Les efforts ont été récompensés, comme le prouve un trajet en ascenseur depuis le rez-de-chaussée jusque sous le toit. Dans la distinguée cabine on longe tout d’abord l’escalier emblématique à travers les foyers festifs du premier et du deuxième étage, avant de transpercer le plafond en stuc et de continuer sa course vers le quatrième étage. La construction métallique et vitrée de l’ascenseur s’appuie presque à la charpente en bois de la tour d’escalier et l’on devine les défis techniques de construction qui ont été relevés ici. La structure du toit a été déposée afin de pouvoir introduire au millimètre près l’ascenseur en trois parties dans la cage d’escalier à l’aide d’une grue.
 
 
 
 
 
 
 
A la différence de l’atmosphère festive dans les étages inférieurs, la charpente brute, peinte en beige clair, domine les bureaux de l’administration sous le toit majestueux de l’aile ouest. A travers deux nouvelles fenêtres, situées au niveau du toit plat, la lumière inonde ce grand volume, dans lequel se répartissent les salles de réunion comme des écrins de verre. C’est ici, dans ces locaux variés, qu’est organisé la gestion de l’entreprise – fidèle à sa devise : tout d’une seule main, tout sous le même toit.
 
Rénovation complète du casino, 2017-2019
Place du Casino 1, Berne
Maître d'ouvrage : Commune bourgeoise de Berne
Architecture : Campanile + Michetti Architectes, Berne